Jacotte la cocotte
Un débat sur Trictrac sur l'impact du modèle de financement participatif sur les boutiques spécialisées et sur les auteurs de jeux de société.Contexte: Fred Henry est un auteur de jeux de société (Timeline, Les bâtisseurs) qui a fait il y a une paire d'années un kickstarter qui a bien marché (3.5M$) pour faire un jeu à base de figurines dans l'univers de Conan. Outre les soucis habituels de délai dépassé, de jeu pas complétement fini quand il a été livré aux acheteurs à la fin de l'année dernière, il a fait un peu de polémique en disant que sa boite d'édition Monolith se passerait du réseau des boutiques spécialisées pour ses prochaines productions, parce que ce n'est pas rentable pour lui (principalement parce que le modèle éditeur -> distributeur -> boutique, fait qu'il y a un facteur 6 entre le prix de production et le prix client et personne ne veut vraiment de jeux à 200 euros).
Le soucis avec ce débat (outre le fait qu'il est un peu long et que Monsieur Phal (le barbu animateur) est insupportable, mais c'est pas nouveau), c'est qu'il se trompe un peu de cible. Ce qui menace les boutiques de jeux de société, c'est plutôt le fait qu'Asmodée commence à être à court de boites de distribution à racheter et que maintenant tu trouves des jeux dans la grande distribution ou dans les magasins culturels généralistes. Globalement, les jeux KS ça reste une goutte d'eau par rapport à la production "classique" de jeux. Fred Henry ne veut pas filer ses jeux en boutique, c'est son droit (son passage sur Kickstarter était notamment motivé par le fait que ça ne pourrait jamais bien se passer avec le système de distribution classique à cause des coûts du matos). Les boutiques veulent garder leur système de marge fixe qui fait que des gros jeux à base de figurine sont invendables en bout de chaine, c'est leur droit aussi..
Le seul truc que j'ai trouvé triste, c'est que ça semble nécessaire de dépenser des fortunes maintenant pour "réussir" un projet kickstarter (Fred Henry a balancé 200 000$ pour monter Conan et parle de balancer 700 000$ pour son prochain projet), ce qui dévoie carrément tout l'aspect "petit gars dans son coin qui crée un truc et qui a besoin d'aide".
Il y a 9 ans
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#jeu de société
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Ce qui est intéressant dans ce débat de crowfunding de jeux, c'est qu'à l'opposé du spectre du gars tout seul qui veut se passer du modèle économique classique on trouve les éditeurs indépendants qui, afin de minimiser leurs prises de risques, lance un crowdfunding pour un projet éditorial afin de planifier au max les coûts de production et surtout, de ne prendre aucun risque, les produits étant déjà tous prévendus. Le hic, c'est que là l'éditeur oublie carrément que c'est son taf de préclaquer de la thune pour produire des jeux qui ne seront peut être pas tous vendus, bref de faire l'éditeur. Certains hurlent au scandale et à la fainéantise de professionnels qui ne font plus leur boulot correctement (la prise de risque étant considérée comme vertu créative), d'autant que les financements participatifs ressemblent parfois à de monstrueux barnums où l'on se retrouve avec douze contreparties gadgets alors qu'on ne souhaitait recevoir qu'un bouquin.
Le débat peut s'étendre assez aisément aux éditeurs de littérature, d'ailleurs.
Le débat peut s'étendre assez aisément aux éditeurs de littérature, d'ailleurs.
Après oui, Fred Henry est assez lucide sur le sujet. Le seul truc qu'on peut éventuellement lui reprocher, c'est d'avoir eu les yeux un peu plus gros que le ventre sur certains aspects. Dans son kickstarter de Conan, c'était peut-être pas la peine de proposer 25 add-ons (même si proposés par des grands noms du domaine) alors que personne n'avait vraiment joué à son jeu et que c'était difficile à dire si ces extensions apportaient vraiment quelque chose. Mais comme avec KS, c'est soit maintenant, soit jamais, ça a tendance à être un peu frustrant (en plus du fait que tu pré-commandes un truc avec une date de sortie plus ou moins aléatoire).
Pour la littérature, une des différences (mentionnée vers la fin du débat), c'est la gestion des stocks. Les bouquins invendus retournent chez l'éditeur alors que les jeux restent chez le vendeur.
Pour la littérature, une des différences (mentionnée vers la fin du débat), c'est la gestion des stocks. Les bouquins invendus retournent chez l'éditeur alors que les jeux restent chez le vendeur.
C'est plus nuancé que cela, et un peu hors débat : les bouquins invendus retournent PARFOIS chez l'éditeur SI L'EDITEUR LE VEUT BIEN alors que les jeux restent chez le vendeur car les vendeurs de jeux sont des crétins qui sont incapables de se fédérer pour négocier des conditions commerciales décentes.
Même si je pense qu'il serait plutôt exact de comparer ce qui est comparable : sur une commande où un libraire commande dix exemplaires d'un même bouquin, un ludiste en commandera sûrement deux ou trois, ce ne sont pas des produits qui se vendent et se commandent de la même façon - ne serait ce qu'en terme de gestion de la place prise par les produits.