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Ayant achevé le dernier tome de la nouvelle traduction du "Seigneur des Anneaux", j'ai eu envie d'y aller de ma propre critique. D'après ce que j'ai pu lire et entendre, la traduction de Daniel Lauzon se veut plus proche de l'original en s'appuyant sur des notes de Tolkien dont ne disposait pas Francis Ledoux,
Ce qu'on remarque rapidement dans cette nouvelle version, c'est une prose moins emphatique, plus fluide. Cela fonctionne très bien pour le livre premier où prédominent les Hobbits. En lisant la suite, mon avis était plus mitigé : j'ai trouvé qu'à vouloir éviter l'emphase, la traduction manque parfois de lyrisme (ce pourquoi le deuxième tome m'a paru un peu long par moments)
Ça change toutefois avec le cinquième livre et le combat autour de Minas Tirith. On y trouve en effet un style différent avec beaucoup de « lors » et de « voyez ! ». Après un coup d'œil sur la version originale, j'ai constaté que c'était fidèle au texte de Tolkien (qui ont le sait était grand amateur de sagas). Le jeu sur les allitérations me semble également mieux respecté dans la traduction de Lauzon.
Un point qui mérite qu'on s'y attarde c'est une refonte générale des noms propres. On pourra faire la comparaison ici http://www.tolkiendil.com/tolkien/etudes/correspondances_traductions
Je trouve qu'il faut en prendre et en laisser. Pour certains noms c'est assez logique, par exemple « la Comté » devient « le Comté ». Les noms hobbits sont d'avantage francisés (ce qui correspondrait à la volonté de Tolkien). « Les Shiriffs » deviennent « les Connétables ». (Mais « Château-Brande » devient assez bizarrement «Castel Brandy »). Certaines traductions sont plus discutables : si « Forêt Noire » et « les Rôdeurs » méritaient d'être revus par rapport au sens du texte, « Grand’Peur » et « les Coureurs » n'étaient pas les meilleurs choix à mes yeux. Des choses assez curieuses: les noms des chevaux du Rohan sont modifiés mais pas traduits. Enfin, je crois qu'il y avait d'avantage de noms qui méritaient de rester tel que Ledoux les avait interprétés.
Les poèmes sont mieux rendus mais c'est surtout avec les dialogues que l'amélioration est sensible. Le style en est plus vivant, moins théâtral. D'une part les personnages sont plus caractérisés, ainsi Samsaget est plus rustique. D'autres part, les Hobbits ne s'expriment pas de la même façon, selon qu'ils parlent entre eux ou à un roi. Il y a également un usage moins systématique du vouvoiement (je n'ai pas vérifié mais Tolkien aurait alterné le « you » et le « thou » dans un souci de varier les registres),
J'aurais un bémol plus spécifique sur l'édition Christian Bourgois.Les tomes comportent des illustrations d'Alan Lee, choix peu audacieux (il est regrettable que Cor Blok ne soit pas d'avantage diffusé en France). Les illustrations sont regroupées en cahier au lieu d'être en regard du texte ce qui est dommage pour une première lecture et j'ai trouvé que les cartes n'étaient pas faciles à consulter.
Je suis habitué et sentimentalement attaché à la version de Ledoux, ce qui altère mon jugement. Mais pour conclure, malgré certaines réserves, mon avis est plutôt positif sur cette nouvelle traduction et ce serait plutôt celle-là que je conseillerais pour quelqu'un qui n'aurait jamais lu « le Seigneur des Anneaux » (je ne jetterai pas mon ancienne édition pour autant)
Pour finir, un petit échantillon comparatif (dans l'ordre le texte original, la traduction de Ledoux puis celle de Lauzon)
Suddenly the king cried to Snowmane and the horse sprang away. Behind him his banner blew in the wind, white horse upon a field of green, but he outpaced it. After him thundered the knights of his house, but he was ever before them. Eomer rode there, the white horsetail on his helm floating in his speed, and the front of the first éored roared like a breaker foaming to the shore, but Théoden could not be overtaken. Fey he seemed, or the battle-fury of his fathers ran like new tire in his veins, and he was borne up on Snowmane like a god of old, even as Oromë the Great in the battle of the Valar when the world was young. His golden shield was uncovered, and lo! it shone like an image of the Sun, and the grass flamed into green about the white feet of his steed. For morning came, morning and a wind from the sea; and the darkness was removed, and the hosts of Mordor wailed, and terror took them, and they fled, and died, and the hoofs of wrath rode over them. And then all the host of Rohan burst into song, and they sang as they slew, for the joy of battle was on them, and the sound of their singing that was fair and terrible came even to the City.
Le roi cria soudain un ordre à Nivacrin, et le cheval bondit en avant. Derrière Théoden, son étendard flottait au vent : un cheval blanc sur champ vert ; mais il le distançait. Derrière lui, les chevaliers de sa maison galopaient dans un bruit de tonnerre, mais il était toujours en avant. Eomer chevauchait là, la queue de cheval de son casque flottant avec la vitesse, et le front de la première éored mugissait comme les flots déferlant sur la grève ; mais Théoden ne pouvait être gagné de vitesse. Il paraissait emporté par la folie, ou la fureur de bataille de ses pères courait comme un nouveau feu dans ses veines, et il était porté par Nivacrin comme un dieu de jadis, voir même comme Oromë le Grand à la bataille de Valar, quand le monde était jeune. Son bouclier d'or, découvert, brillait telle une image du Soleil, et l'herbe flamboyait de vert autour des pieds blancs de son coursier. Car le matin se levait, le matin et un vent venu de la mer ; les ténèbres se dispersèrent ; les hommes de Mordor gémirent, et la terreur s'empara d'eux ; il s'enfuirent, et moururent, et les sabots de la colère passèrent sur eux. Alors toute l'armée de Rohan éclata en chants ; les hommes chantaient tout en massacrant, car la joie de la bataille était en eux, et le son de leur chant, qui était beau et terrible, parvint jusqu'à la Cité.
Soudain, le roi héla son cheval, et Snawmana s'élança. Derrière lui flottait son étendard, cheval blanc en champ de vert, mais il le distançait. Après lui, venaient les chevaliers de sa maison dans un bruit de tonnerre, mais toujours il restait en tête. Eomer était des leurs, et sur son casque, la queue-de-cheval s'agitait, blanche, au vent de sa course, et les devanciers de la première éored rugissaient tel un flot écumant à l'approche des côtes ; mais Théoden ne pouvait être rattrapé. Un instinct de mort l'emportait, ou la furie guerrière de ses pères coulait tel un feu nouveau dans ses veines, et Snawmanna le portait comme un dieu des temps anciens, pareil à Oromë le Grand à la bataille des Valar, quand le monde était jeune. Son bouclier d'or fut découvert, et voyez ! il rutilait telle une image du Soleil, et l'herbe flamboyait de vert autour des pieds blancs de son coursier. Car le matin s'était levé, le matin et un vent de la mer ; et l'obscurité recula, et les troupes du Mordor gémirent, et la terreur les prit, et elles s'enfuirent et moururent, et les sabots du courroux les piétinèrent. Et tous les hommes du Rohan, dès lors, éclatèrent en chants, et ils chantaient en tuant, car la joie du combat les soulevait ; et la rumeur de leur chant, terrible et belle, se répandait jusque dans la Cité.
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